Mon père m'avait simplement dit que j'allais partir en vacances en France. On ne parle pas de mariage avec le père. Mais moi, je le savais par ma mère. Je connaissais mon futur beau-père, mon oncle, qui était venu plusieurs fois en Algérie nous voir. Mon mari est né en France. Je ne l'avais jamais vu. Pas même une photo. C'est le père qui choisit. Pour mon mari, c'était pareil : c'est son père qui avait choisi.
Ma belle-sœur et mon oncle sont venus me chercher à la sortie de l'avion. Et je suis allée vivre dans la famille de mon mari. C'est là que je l'ai vu pour la première fois. J'ai retrouvé ma belle-mère que j'avais déjà vue en Algérie. Une femme très gentille, très calme, qui ne parle pas beaucoup : moi non plus je ne parle pas trop...
Le mariage religieux a eu lieu quinze jours après mon arrivée. L'Imam est venu à la maison pour lire le Coran, les parolesdu mariage. Une belle fête avec beaucoup de monde : toute la famille de mon mari, ses amis, les voisins. Il y avait aussi ma famille: des oncles, tantes, cousins... Mais mes parents et mes frères et soeurs n'ont pas pu venir. Je suis l'aînée de huit enfants.
J'avais 21 ans.
La cuisine avait été faite par des amies : couscous avec la sauce, la viande, le poulet... Puis les desserts : des fruits... Ensuite, nous avons chanté et dansé sur la musique. Je n'aime pas trop danser. Ensuite seulement, sont arrivées les pâtisseries. Les hommes étaient à part ; les femmes à part. Mais au fil de la fête, les jeunes hommes venaient voir les femmes.
Après notre mariage, nous avons continué à vivre chez les parents de mon mari. Mais quand mon beau-père s'est remarié après la mort de ma belle-mère, j'ai pris un appartement. Aujourd'hui que mon beau-père est mort, je suis retournée vivre dans sa maison avec mon mari.
Quand je suis arrivée, je ne parlais pas français. J'ai appris avec ma belle sœur : on allait se promener, faire les courses, au marché, dans les magasins. Et puis j'ai pris des cours, pour apprendre à parler français et à lire et écrire. Si tu ne sais pas lire, tu ne peux rien faire : tu ne sais pas faire les papiers, tu ne peux pas passer ton permis. Tu ne peux pas avoir de voiture... C'est ma belle sœur qui s'occupe de tous les papiers.
Je ne suis pas allée beaucoup aux cours. Mon fils venait de naître, je devais le mettre à la garderie, il pleurait, je n'arrivais pas à travailler. Ensuite, les cours n'étaient pas très réguliers. Alors, je ne sais toujours pas lire et écrire... C'est ça le plus dur... Maintenant, j'attends que mes enfants grandissent pour qu'ils passent le permis.
Oui, l'Algérie me manque: surtout ma famille. Quand j'étais petite, nous habitions dans la montagne. J'étais l'aînée, je devais travailler dehors: les bêtes, le jardin. C'est beau la montagne,
mais il n'y a rien. Tout est loin : les magasins, le travail, tout... Comme nous n'étions plus en sécurité dans la montagne, mes parents sont descendus vers Alger. C'était mieux : fini le travail au jardin ou avec les bêtes. Je restais à la maison, à faire le ménage, à m'occuper de mes frères et soeurs... Mon père faisait les marchés. Mais quand il ne vend pas, il n'y a pas d'argent. Nous n'avons pas toujours mangé à notre faim. Et encore aujourd'hui, chez mes parents, il n'y a pas beaucoup. Quand ta famille est là-bas et qu'elle n'a pas assez à manger, tu n'es pas bien ici. Toujours, tu penses à là-bas. Cela me rend un peu triste. Ce qui est bien en France, c'est que si tu n'as pas de travail, il y a des aides. Mon père quand il travaille, il mange; quand il ne travaille pas, il ne mange pas. Ça n'est pas normal. Parfois, il fait le marché, mais ne gagne que deux euros 1 Mon avenir? Même s'il faut toujours courir ici (aller conduire les enfants à l'école, aller les chercher, faire les courses, chercher un papier...) , mon avenir est ici, avec mes enfants.
Fatia, le 9 février 2010

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