Mon mari est né en France. Il venait chaque année en vacances en Algérie voir sa famille. C'est mon cousin. Il venait voir mes parents. On se marie souvent entre cousins chez nous. Pour moi, partir en France, c'était la liberté...
Chez moi, au village, les filles n'ont pas le droit de sortir sauf pour aller aux fêtes : aux mariages ou dans la famille... Mais pas pour aller faire les courses, faire les papiers... Ce ne sont pas mes parents qui me l'interdisaient. Mon père était très ouvert : il voulait que ses filles aillent à l'école. C'est la mentalité du village qui freinait : une fille ne sort pas et si elle sort, c'est que son père ne sait pas la tenir. On est vite jugé. Alors, nous les filles, on attendait de se marier. On espérait rencontrer un homme qui
nous laisse la liberté.
Enfin, c'était comme ça avant. Aujourd'hui, cela a un peu changé. Les filles doivent aller à l'école, bien travailler pour sortir, aller au lycée, à l'université. Pour les études, les parents laissent sortir... Ma petite sœur a plus de liberté. Elle a fait de longues études après le Bac. Elle est allée à Alger à l'université. Elle était en internat la semaine et le week-end, elle allait dans la famille à Alger. Mais elle sortait, pouvait prendre les transports en commun, sans avoir un frère qui l'accompagne. Moi, quand je devais sortir, il fallait qu'un homme m'accompagne. Et c'est encore comme cela maintenant quand j'y retourne en vacances. Mon mari me dit de sortir. Mais j'ai honte de sortir seule. Je connais la mentalité du village. Par contre, quand je vais à Alger, je sors seule...
Mon rêve, c'était de me marier avec un homme qui me laisse libre. C'est l'idée que je me faisais de la France. Je n'avais pas pensé à la solitude, loin de ma famille.
Bien sûr, j'ai travaillé, suivi des formations, passé mon permis de conduire, acheté une voiture... Mais le manque de la famille est là. On n'est pas bien intérieurement à cause de cela. Cela m'angoisse parfois : si je suis malade, à qui vais-je confier mes enfants? Quand je suis arrivée en France, j'ai d'abord vécu un peu dans ma belle-famille. Je n'avais pas beaucoup de liberté. C'est mon mari qui m'a aidée à trouver du travail. J'ai d'abord travaillé auprès des personnes âgées. J'aimais bien le contact. Je suis tombée sur des gens bien. Je faisais les courses, le ménage, la cuisine... Mais je ne gagnais pas ma vie : une heure par ci, une heure par là, beaucoup de temps de déplacements. Je n'avais pas le permis. Parfois, je devais marcher une heure pour travailler une heure et gagner 7 ou 8 euros. Alors, j'ai arrêté. J'ai travaillé à la chaîne : c'était très dur. Quand je rentrais chez moi, je devais encore faire les courses, la cuisine, le ménage... Le week-end, je le passais à faire le ménage et la lessive... À la naissance de ma fille, j'ai pris un congé parental de trois ans. Et maintenant, je profite de mes enfants. Cela fait 5 ans que je n'ai pas travaillé.
J'ai fait des formations de remise à niveau, passé mon permis de conduire, acheté une voiture, suivi des cours de français, d'arabe, d'informatique... Le fiançais, j'ai du mal à l'écrire. J'ai exercé des métiers différents. Je n'ai pas arrêté depuis que je suis en France.
Aujourd'hui, j'aimerais faire aide-soignante ou travailler avec des enfants. Mais il faut le diplôme. J'ai arrêté l'école en 3e en Algérie.
Ce qui est dur à vivre ici en France, ce sont surtout les moments de fêtes religieuses: à l'aïd, on est seul. J'ai fait le baptême de mon fils, seule avec ma belle-famille...
Dans ma famille, on est très soudé. Je fais tout mon possible pour retourner en Algérie tous les ans. Je suis restée très proche de ma mère et de mes soeurs.
Ma mère, elle n'était pas sévère. J'ai gardé un bon souvenir de mon enfance. Elle nous a donné beaucoup d'amour. Je fais tout mon possible pour aller la voir souvent.
Ma famille habite la montagne. C'est beau! C'est un bon climat, il n'y a pas de pollution... On vit naturellement. Mais il ne faut pas y rester tout le temps. Mes enfants préfèrent Alger : c'est un peu comme en France. Mon rêve serait d'acheter une maison à Alger.
Mes parents ne vivent pas seuls. Mes frères et leurs familles habitent la même maison que mes parents. Vivre en communauté est difficile. Je trouve que c'est bien d'avoir chacun sa maison et de se retrouver chaque semaine.
Quand j'y vais, comme je ne veux pas faire de peine à ma mère qui est très sensible et n'aime pas les histoires, je laisse passer, je ne répète pas ce que j'entends. Je n'aime pas les histoires moi non plus.
Mon père travaille au jardin, va au marché. Il cultive des légumes : pommes de terre, oignons, ail, petits pois, carottes, piments, tomates. Ma mère a aussi son jardin, près de la maison : piment^ tomates, salades, épinards, courgettes, melons... Le jardin de mon père est plus loin : il doit marcher une demi-heure pour y accéder. Il y va à pied. Il aime son endroit.
Soumaya, le 31 mars 2010

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire