vendredi 8 avril 2011

Avec le foulard, c'est difficile de travailler

À Alger, Ouarda enseignait l’arabe aux enfants des écoles primaires. Ici, en France, elle ne peut pas travailler dans l’Éducation nationale à cause du foulard qu’elle porte. Alors, elle enseigne l’arabe, dans des associations…

Après le bac, je suis allée à l’université d’Alger pour passer un DES de Chimie, mais je ne suis pas allée jusqu’au bout. L’université était loin et les temps de trajet trop longs. Alors je me suis tournée vers l’enseignement. J’aimais bien mon métier. Même si c’est fatigant car certains enfants sont très difficiles. Mais d’autres sont tellement gentils… J’encourageais beaucoup mes élèves.

J’ai quelques bons souvenirs avec les collègues. Chaque année, par exemple, nous organisions un repas de fin d’année. Une année, nous nous étions donné rendez-vous pour passer la journée à Alger: faire les boutiques et manger au restaurant, toutes ensemble à midi. Nous étions une dizaine. Nous avons pris le bus. Une fois dans Alger, il y avait tellement de monde, je ne sais pas ce que nous avons fait, mais nous nous sommes perdues. Certaines voulaient voir ça; d’autres, autre chose… Nous nous sommes retrouvées séparées en deux groupes. Nous avons mangé dans des restaurants différents. Même le soir, nous ne sommes pas rentrées par le même bus! Nous avons eu beaucoup de plaisir. Même le directeur de l’école, le lendemain,
se moquait de nous parce que nous nous étions perdues et que nous n’avions pas partagé le repas ensemble. C’est un bon souvenir.

Je suis née à Alger dans une famille de sept enfants. Je suis la seule fille. Je suis très attachée à mes frères. Pour ma mère, mon départ en France a été douloureux: j’étais sa seule fille. Pour mes nièces aussi: j’étais leur seule tante. J’étais bien à Alger. J’avais du travail, de l’argent. J’aime les grandes villes. Je suis venue en France pour rejoindre mon mari qui vivait ici depuis longtemps.

La première année a été difficile. Deux jours après mon arrivée, nous sommes allés à la préfecture, on m’a dit qu’il faudrait attendre 18 mois ou deux ans pour avoir mes papiers. J’ai alors compris qu’il me faudrait beaucoup attendre avant de revoir Alger et ma famille.

Ce n’est pas la vie en France qui m’a choquée: je parlais français, j’avais l’habitude de vivre dans une très grande ville. Pour moi, la vie en France ou en Algérie c’est pareil. La seule différence, c’est le climat. Ce qui me manquait vraiment, c’était ma famille, mes amies… Dès que j’ai eu mes papiers, je suis partie un mois en
Algérie. Et puis à Alger, je travaillais, j’avais l’habitude de bouger. Ici, je restais entre quatre murs, je ne connaissais personne…

Ici, en France, je ne peux pas enseigner, travailler avec les enfants. Je porte un foulard et c’est interdit dans les écoles. Je le sais, c’est la loi. Avant de quitter Alger, je savais qu’en France, il y avait des problèmes avec le foulard. Mon mari travaille, je ne suis pas obligée de travailler. J’aimerais bien, mais je ne peux pas travailler auprès des enfants.

Un jour, j’ai rencontré une femme à la mosquée. Elle m’a dit qu’elle cherchait quelqu’un pour enseigner l’arabe littéraire à des femmes. L’arabe littéraire est commun à tous. J’ai accepté. Et même si je n’ai pas continué dans cette association, je continue à donner des cours aux enfants, de temps en temps. Je suis frappée par le courage de ces femmes qui se mobilisent pour apprendre. Le français est une langue difficile: la grammaire, tout ça… Même pour les enfants. En Algérie, les enfants apprennent le français dès l’âge de sept ans. Arrivés au collège, ils commencent l’anglais.

Si je trouve un travail, je travaillerai: l’informatique me tente… Secrétaire par exemple… Mais pas dans une grande entreprise, pas dans une usine, plutôt dans une association… Je suis venue à Ordinathem pour apprendre à mieux me servir d’Internet.

À la maison, nous parlons arabe et français. Mon mari parle plus facilement français. Moi, je parle à mes enfants en arabe littéraire. Je veux qu’ils sachent l’arabe littéraire, pour plus tard, s’ils veulent faire des études. Je leur apprends aussi quelques mots d’anglais. J’aimerais bien qu’ils apprennent plusieurs langues.

Ici, en France, j’ai rencontré des Marocaines, des Tunisiennes… J’ai appris à les connaître. C’est bien. Je ne sais pas si je passerai toute ma vie en France. Au fond de moi, j’aimerais bien retourner en Algérie, monter un projet là-bas. Je n’ai pas encore bien réfléchi. Mais, peut-être…

Ouarda , le 23 février 2010

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